19 novembre 2010

La conférence interdite aux adultes

Dimanche 17 octobre, les enfants étaient à l'honneur pour cette troisième édition des Rencontres de Babyloan.

Après un brunch qui aura ravi petits et grands, les petits étaient invités à laisser leurs parents au vestiaire pour assister à ce qui aura probablement été la première conférence de leurs vies.

Cette conférence était animée par Jérôme Martin, un animateur et blogueur de Solidaires du monde, ainsi que par le couple De-Cherisey.

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Ambiance studieuse et rires enfantins : quand les enfants pensent « demain »

La conférence s'est ouverte sur le poème « Il faudra », de Thierry Lenain et Olivier Tallec, très joliment illustré et porté par la voix de Jérôme Martin.

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Tour d'échauffement : les enfants étaient invités à livrer leur ressenti sur le poème. Ils en sont rapidement venus à cette conclusion sans appel : « la planète souffre de problèmes d'adultes, mais qui concernent également les enfants. »

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Que faire alors ? Qu'est-ce qu'un enfant peut faire pour changer les choses, à son échelle. Mais d'ailleurs, son échelle, est-ce vraiment celle que nous imaginons ?

Pas si sûr...

L'histoire racontée par Marie-Hélène De Cherisey nous le prouve. Au Radjastan, dans le village de Lasporia, vit Laxoman, petit-fils du Radjah du village. Après un an passé en pension, à la ville, Laxoman revient au village. Et que retrouve t il ? La désolation : son village est dévasté, l'absence d'eau, due à une mousson qui n'est jamais venue, a placé les villageois dans la tourmente, à tel point qu'ils se disputent sans répit.  Laxeman, prince du village, part alors réparer l'énomre réservoir que son père avait creusé, avec pour tout équipement une pelle et une pioche. Les villageois, tout d'abord interloqués de voir le prince agir de la sorte, se joignent finalement à lui pour lui prêter main forte. A l'image d'une fourmilière, faite d'un agencement de petits acteurs déterminés, le réservoir est rapidement réparé, prêt à accueillir la prochaine saison des pluies. Grâce à cette initiative, des centaines de milliers de personnes ont pu rester au village de Lasporia.

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P1020837.JPGMaud, la fille des De Cherisey, alors âgée de 5 ans, invitée à s'exprimer à ce sujet par ses parents, aurait alors confié : « Ce qui m'a marqué, c'est quand Laxeman a dit qu'un jour il y avait un gros trou dans la route. Il a posé son cartable et a rebouché le trou : normalement un enfant ne fait pas ça ».

Laxeman est un enfant, mais un enfant qui a retenu le précepte que son grand-père lui a un jour appris : «  Si un jour tu veux faire quelque chose d'utile, n'attends pas pour le faire ».

Après cette anecdote, issue d'une rencontre faite lors du tour du monde effectuée par la famille De Cherisey, place à la réflexion des enfants à qui il était alors demandé ce qu'ils ont retenu de cette histoire, et plus spécifiquement, ce qu'il faut faire pour réussir quelque chose :

Réponse :

-          Le faire tout de suite

-          Utiliser le passé

-          Aider les autres

-          Penser aux autres

-          Se mettre à plusieurs

Marie-Hélène s'est alors permis de rapprocher cette dernière idée d'une pensée de Gandhi : « Seul, je ne peux rien.  A plusieurs, on peut faire de grandes choses. »

Laurent De Cherisey a ensuite pris la parole pour faire une annonce qui n'a pas manqué de plaire aux enfants sur place : distribution de flyers pour inciter les enfant à participer à un grand jeu concours « l'avenir, c'est vous » qui leur permettra peut-être de gagner un voyage au bout du monde avec leurs familles.

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Pour appuyer l'idée selon laquelle les enfants ne se cantonnent pas au rôle qu'on voudrait leur assigner, Laurent De Cherisez a raconté l'histoire de l'association « Libérez les enfants » (free the children). Celle-ci a été créée sur l'initiative d'un enfant révolté de voir que d'autres enfants étaient contraints de travailler, qui plus est dans des conditions innommables. Ce dernier a alors alerté la communauté internationale, à tel point que l'association qui a vu le jour pour défendre cette cause est aujourd'hui l'une des plus actives du monde, avec des millions d'euros levés chaque année.

Jérôme Martin a ensuite proposé une animation aux enfants : le jeu du « d'accord/ pas d'accord ». Le principe est simple : une ligne délimite la frontière entre deux zones signifiant respectivement « d'accord »/ « pas d'accord ». A l'annonce des affirmations, les enfants étaient alors invités à se déplacer sur l'une ou l'autre de ces zones, et de justifier leur choix. La première affirmation était la suivante : « si un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner du poisson ». Résultat : 100% des enfants présents se sont dits d'accord, en justifiant leur choix par le fait qu'un homme à qui l'on apprend à pêcher pourra pêcher plusieurs fois. Seul Laurent De Cherisey a nuancé l'avis général, en mettant un pied dans chaque zone. Pour lui, il y a des situations qui méritent de la solidarité « dure » : il faut donner, parce que l'urgence et la nécessité l'imposent.

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La solidarité ne se négocie pas. C'est elle qui rend l'humanité aux hommes, par ailleurs pétrie de faiblesses. Pour finir cette note, citons l'anecdote que Laurent De Cherisey rapportait à l'issue de cette conférence. Un jour, il a rencontré un paléontologue qui a fait cette découverte étonnante : un squelette d'un homme préhistorique handicapé d'une soixantaine d'années. Qu'est-ce que cela peut-il signifier d'autre, sinon que les hommes préhistoriques savaient déjà faire preuve de solidarité envers ceux que la nature avait désavantagé ?

16 novembre 2010

Trois questions à Benoît Thieulin sur internet, media et solidarité

Intervenant de la conférence « Quand le web devient solidaire et le citoyen 2.0 » en octobre dernier, Benoît Thieulin s’est prêté à quelques questions pendant les Rencontres de Babyloan.

Benoit est fondateur de
La Netscouade, une agence internet qui a notamment travaillé avec l’ONG Médecins Sans Frontière, la Fondation Nicolas Hulot, Unicef, le site de mobilisation en ligne Avaaz ou encore Mediapart.

Nous avons profité des propos de Benoit pour vous proposer quelques réflexions sur internet, les médias et les acteurs de la solidarité. N’hésitez pas à nous faire part des commentaires et réflexions que cela vous inspire.

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Internet : un espace  de rencontres  et un outil d’expression des communautés

A propos des origines d’internet, Benoît nous a rappelé que :

« le premier projet d’Internet a été de réunir les gens en leur donnant les moyens de pouvoir échanger, de pouvoir collaborer, et in fine de créer du lien social et des communautés ».

L’esprit d’internet est animé d’une vocation de créer du lien social entre individus et de faciliter la participation, l’organisation des groupes et des communautés.

Ci-contre : Benoit Thieulin aux Rencontres de Babyloan, photo : Romain Desjours, Creative Commons.

 

Après une quinzaine d’années d’histoire d’Internet, nous ne pouvons que constater la diversité et la pluralité des outils et des espaces d’expression proposées aux communautés d’internautes.

Le mot même de « communauté » a évolué, puisqu’aujourd’hui, des groupes se forment autour d’un billet de blog, dans une conversation de forum, autour d’une vidéo youtube, d’une page fan facebook ou d’une pratique de photographie numérique sur flick’r.

Ces communautés existent quelques jours ou plusieurs années. Le lien social peut se souder et se dissoudre aussi vite mais il peut aussi être se prolonger, se renforcer, s’enrichir par les échanges permis en ligne.

Nous pouvons tisser des liens avec des personnes que nous n’avons pas encore rencontrées, sur la base d’un partage de centre d’intérêt, d’un questionnement, d’une argumentation, de l’expression d’une préoccupation ou même d’une intention.

La distance géographique est annulée par la vitesse des échanges et ce sont les frontières linguistiques, celles de l’accès technique et celles des compétences informatiques qui deviennent décisives.

Les fonctionnalités de communications (mail, messagerie instantanée, microblogging, blogs, commentaires, forums) ont  démultipliés la quantité d’échanges et permis l’avènement de nouvelles formes d’écritures et de lectures.

Tous ces échanges qui animent internet sont souvent permis par l'échange de  dons. Sur les forums, dans les commentaires de blogs, la reconnaissance et le partage sont au premier rang des motivations des participants.

Les valeurs défendues par les acteurs de la solidarité sont en résonnance avec l’esprit d’Internet. Ils trouvent donc très logiquement leur place dans les communautés d’internautes.


Internet et le travail des acteurs de la solidarité


Selon Benoît Thieulin, les acteurs de la solidarité doivent utiliser internet pour s’exercer à devenir des médias :
« D’une certaine manière aujourd’hui, n’importe quelle association doit utiliser internet pour créer son propre média ».

Internet révolutionne les médias en permettant à chacun d’écrire, d’éditer, de publier et de commenter une information. Cela entraine une nouvelle configuration des rôles entre médias et  organisations productrices d’informations : entreprises, collectivités, associations, organisations de la société civile.

Les grands médias n’ont plus le monopole de la diffusion. Ils ont perdu ce monopole au profit des grands infomédiaires que sont les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, qui captent la manne publicitaire. Mais les médias ont également perdu ce monopole car les organisations politiques, économiques, sociales peuvent informer, sensibiliser et mobiliser directement les publics, sans nécessairement passer par les filtres de la presse écrite et de la TV.

Il n’est pas question de se passer des médias pour informer, mais il faut repenser la relation entre  émetteurs d’informations, intermédiaires et publics. La fonction du public dans la production d’informations est notamment à l’ordre du jour.

Autre élément de cette révolution : la place limitée dans un quotidien, un magazine ou une émission de télévision, ont cédé la place à une place illimitée sur internet. Toutes les associations peuvent disposer d’un site web. C'est le travail de filtrage, de tris et d'authenticité de l'information qui deviennent décisifs.

Cela suppose que les organisations se pensent comme des médias, et se dotent des compétences des médias : activité de veille, réseaux de sources, activités de sélection, d’écriture et de diffusion d’information.

Selon Benoit, le web permet et crée une demande pour plus de traçabilité et de transparence des actions positives et négatives des organisations.

Si nous voyions ce que nous ne sommes pas habitués à voir en terme de production de ce que nous consommons (par exemple la production d’un morceau de viande, exemple cité par Nathan Stern lors de la conférence), cela nous ferait sans doute réfléchir sur nos consommations. L’accès à l’information et la visibilité sur les processus de fabrication peuvent permettre au citoyen-consommateur de s’interroger sur ses habitudes et de modifier son comportement.

Surtout, pour les acteurs de la solidarité, Internet donne l’opportunité de montrer les effets positifs des actions menées.
« Je donne 1 € à tel projet, si on est capable de me prouver et de me montrer l’effet exact et précis de l’euro que j’ai donné, il est évident que cela va m’inciter à donner d’avantage, et que cela va modifier mon rapport à mon don » rappelle Benoit.

Cette transparence apparait de plus en plus comme une condition de la récurrence du don et modifie le rapport aux bénéficiaires, en renforçant le lien entre bénéficiaire et donateur.

Selon Benoit, « nous sommes au tout début de la révolution de ces comportements et des rapports qui sont nait de tous ces mécanismes de solidarité ».




Quelle relation entre la solidarité et le logiciel libre ?


Benoit Thieulin : « Le logiciel libre est l’incarnation la plus concrète et pratique de ce que le web permet d’organiser.  Le phénomène du logiciel libre, c’est des ingénieurs, capables grâce à internet, de pouvoir se connecter et du coup, de monter un projet bénévole qui, in fine, va être capable de concurrencer les plus grandes industries informatiques. »



Dans le monde, ce sont
« 10 000 ingénieurs qui s’organisent pour travailler sur l’écriture de lignes de codes informatiques et élaborent, améliorent et partagent  leur travail sur des versions de logiciels. »

Pour quel résultat ? Des systèmes d’exploitation stables et sécurisés, un navigateur comme Firefox, une suite bureautique comme Open Office, un logiciel de retouche photo comme Gimp. Tout cela fabriqué sans modèle économique, pour la beauté du geste et en concurrence avec la logique propriétaire imposée par les grands de l’industrie informatique.

Il faut tout de même rappeler un avantage de l’écriture informatique. En codant les développeurs parlent la même langue : le code est lu et compris par des personnes de différentes nationalités, ce qui facilite le partage et l’existence d’une vaste communauté internationale, mais qui partage le même langage. D’autres projets se heurtent plus facilement aux barrières linguistiques et aux frontières culturelles.

Le logiciel libre se caractérise par l’ouverture de ses données, ce qui me permet aux communautés de développeurs de l’enrichir continuellement et de façon tout à fait ouverte et autonome. Cette co-construction tisse des liens de solidarité. Comment les organisations pourraient-elles répliquer ce modèle pour donner du grain à moudre à leur public ?

Il y a vingt ans, personne n’aurait parié ou investi sur un wikipedia, mais bien plutôt sur l’encyclopédie propriétaire
Encarta de Microsoft.

Aujourd’hui, Wikipedia existe grâce à la mise en application des principes du logiciel libre. Et comme le rappelle Benoit, Wikipedia est  aujourd’hui la plus grande encyclopédie jamais réalisée, en croissance continue, dans une multiplicité de langues, avec un taux d’erreur plus faible que les autres encyclopédies.

« Internet est capable de donner aux gens des moyens pour pouvoir bénévolement produire des choses incroyables. »


A propos des affinités de La Netscouade avec les acteurs de la solidarité



« Ce qui est le plus intéressant avec internet, c’est sa capacité à outiller les mouvements associatifs. »


05 novembre 2010

Microfinance, la financiarisation du secteur ou le retour à l’approche sociale ?

 

Réunie autour d'experts dans le théâtre du jardin d'acclimatation, une assistance studieuse mais impliquée a réfléchi à l'orientation prise par la microfinance.

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A l'origine, la microfinance a une dimension très sociale : plutôt issue de pratiques informelles ou de projets de développement mis en place par des ONG, elle accompagne d'autres programmes sociaux. Le secteur de la microfinance, du fait de sa régulation ou de ses besoins de croissance pour répondre aux objectifs qu'il s'est fixés, s'est émancipé et a donné naissance à une diversité de modèles d'institutions. Cela a permis l'accès au crédit, à l'épargne et à des services d'accompagnement à un plus grand nombre. Mais surtout comme le rappelle le modérateur de cette conférence,  le docteur Djamchid Assadi , la micro-finance peut-elle répondre aux grands besoins des non-bancarisés ?

 

Petite histoire de la microfinance

Michaël Knaute , Directeur général OXUS Development Network, a tenu à revenir sur l'histoire de la micro-finance avec le rôle primordial tenu par Muhammad Yunus qui dans les années 1970, avec la Grameen Bank développe le microcrédit au Bangladesh. Ce type d'action prend le relai des phénomènes de prêt entre amis et familles, des cantines locales ou des usuriers. L'obtention du prix Nobel en 2006 à enclencher un engouement médiatique et une croissance exponentielle depuis cette date. Mais en même temps, n'a-t-on pas assisté au glissement  d'une microfinance dont l'enjeu est la lutte contre la pauvreté à une financiarisation du commerce ?

Comme le rappelle Pierre Valentin, Directeur général délégué au Crédit Coopératif, la financiarisation est un phénomène qui a pris son essor dans les années 80 et se caractérise à la fois par une hausse de la part de la finance dans le PIB multiplié par 4 au cours des 30 dernières années et par une hausse des salaires des financiers bien supérieure à la moyenne.  Elle a eu pour conséquence un phénomène de financement en dehors des banques pour certaines populations.

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Si le microcrédit n'a pas sorti tout le monde de la pauvreté, il est évident qu'il en a enrichi certains. En 2007, éclate une affaire liée à l'ancienne ONG mexicaine Compartamos, qui prête de l'argent aux femmes défavorisées des banlieues de Mexico, entre en Bourse à New York et à Mexico.

Depuis 2000, l'ONG était une société commerciale, elle s'était ensuite transformée en banque. En Bourse, sa valeur atteint 2 milliards de dollars. Ses dirigeants parviennent à vendre leurs actions 300 $, alors qu'ils les ont achetées 1 $. Muhammad Yunus crie au scandale, d'autant que l'activité de Compartamos s'est éloignée du microcrédit : elle pratique des taux d'intérêt de 100% ! Des taux restés très élevés notamment pour permettre une bonne valorisation en bourse.

Franck Renaudin, fondateur et directeur d'Entrepreneurs du Monde, a tenu  à ce propos à rappeler la grande diversité de ce qui se cache P1020617.JPGderrière l'appellation « microfinance ». Afin de ne pas la confondre avec une microfinance  dévoyée dans un but de profit, il propose de parler de microfinance sociale. D'ailleurs comme tient à le noter Emmanuel Landais, Directeur Général de l'ADIE, il faut autant prendre en compte l'impact social que l'aspect financier autour de la question du remboursement.

 

Un succès mais aussi des débats

Bref comme le rappelle Jean-Michel Servet, Professeur-chercheur, la microfinance est sujette à débat et même à polémique. D'abord autour des taux d'intérêt. Certes un taux d'intérêt de 100% sur un an est énorme mais telle n'est pas la question. Un taux doit être soutenable et acceptable. Il faut intégrer dans la réflexion la durée du prêt et la somme que cela permet de dégager. Le mouvement contestataire «No Pago». lancé mi-2008 au Nicaragua, a donné des sueurs froides aux investisseurs de la microfinance. Soutenus par le président Daniel Ortega, réélu en 2006 pour en finir avec «le capitalisme sauvage», des milliers de micro emprunteurs ont refusé de payer, et exigé une baisse de leur taux d'intérêt.  «No Pago» a provoqué une panique auprès des comptes de grands fonds de placement conseillers en Suisse, pays qui regroupe 25% des flux de microfinance. La question du surendettement est aussi à prendre en compte entant que produit d'une offre importante et d'une demande non moins importante par la population. Cela conduit à des besoins de services financiers d'où le terme privilégié par Jean-Michel Servet d' "inclusion financière" qui correspond à une gamme plus large.

P1020604.JPGDe son côté Michael Knaute pointe du doigt le danger du succès de la microfinance. Certes on observe de plus en plus d'acteurs dans le secteur, ce qui est évidemment une bonne chose, un signe de dynamisme. Mais ne risque-t-on pas de se retrouver devant une crise des subprimes du micro crédit ? Pierre Valentin également ne nie pas de la présence de risques. Pour lui, le principal est le retrait brutal des sources de financement en cas de crises.

La microfinance a changé d'échelle. Cela constitue une grosse force. Au Tadjikistan, ce ne sont pas nécessairement les plus pauvres qui ont recours au microcrédit mais ce sont ceux qui ne sont pas bancarisés. Pour Emmanuel Landais, il ne faut oublier que le microcrédit est créateur de richesse, que le crédit est productif.

 

L'épineuse question de la rentabilité

Pour autant, est-ce que cela est rentable ? La nécessaire recherche de pérennité des institutions de microfinance a montré qu'au-delà de l'atteinte de l'équilibre financier, certaines institutions pouvaient être rentables, voire très rentables. Pour J.M. Servet, la rentabilité dépend en fait de nombreux facteurs comme le lieu, le taux de bancarisation, les risques. Si le microcrédit est rentablen, il faut également se demander avec P. Valentin ce que l'on peut faire des profits et surtout quelle répercussion cela peut avoir sur une baisse des taux d'intérêt. Les résultats financiers ne sont pas une chose négative en eux-mêmes mais ils ne doivent pas se faire au détriment des objectifs sociaux. Au-delà du retour aux sources nécessaires pour les programmes qui s'en sont éloignés, comment poursuivre un développement sain du secteur de la microfinance ?

Pour le docteur Djamchid Assadi, c'est bien là que se trouve le principal dilemme : comment marier l'entreprenariat des plus fragiles et la rentabilité pour le prêteur ?

M. Knaute aime rappeler que plus on est pauvre, plus on peut potentiellement rembourser puisque le potentiel d'enrichissement (par rapport à  la situation de départ) est grand. Mais il faut tout de même pour cela à un moment donné un coup de pouce.

J.M. Servet rappelle que PP1020626.JPGolanyi distingue quatre principes de circulation des richesses, valables dans toutes les sociétés et qui doivent s'appliquer jusqu'à la microfinance :

-Le marché : rencontre entre les offreurs et les demandeurs de biens et services à des fins d'échanges à travers la fixation de prix. Leur relation s'établit sur une base contractuelle à partir d'un calcul d'intérêt qui autorise une autonomisation par rapport aux autres relations sociales.

-La redistribution, dans laquelle la production est remise à une autorité centrale qui a la responsabilité de la répartir, ce qui suppose le respect de la procédure.

-La réciprocité correspond à cette relation qui passent par des échanges mais qui ne prennent sens que dans la volonté de manifester un lien social entre les parties prenantes. Le contre-don prend ici la forme paradoxale d'une obligation à travers laquelle la personne qui a reçu le don de départ peut exercer sa liberté. Le donataire est incité à rendre mais il n'est pas soumis pour cela à une obligation, une contrainte extérieure. Il faut souligner que le don met en rapport des pouvoirs, des désirs de reconnaissance qui en constituent bien la contrepartie (mais qui ont d'autant plus de portée que le don apparaît comme désintéressé).

-L'administration domestique consiste à produire pour son propre usage ou pourvoir au besoin de son groupe d'appartenance. L'administration domestique peut être considérée comme une forme de réciprocité limitée à un groupe restreint.

 

Avec le succès de la microfinance la question du contrôle et du blanchiment se pose évidemment sans que des règles internationales ne soient fixées. La surveillance varie donc en fonction des pays. Pour J.M. Servet, la micro-assurance peut constituer un nouvel eldorado d'ici 10 ans. Pour lui, la crise a en tout cas montré qu'il ya d'autres solutions possibles que le néolibéralisme.



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Croissance et vulnérabilités en microfinance

SERVET Jean-Michel, Banquiers aux pieds nus. La microfinance

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28 octobre 2010

Les Rencontres de Babyloan en une vidéo

Bon nombre de notes viennent animer ce blog pour essayer de vous retranscrire au plus près ces trois jours des Rencontres de Babyloan. Pour vous plonger dans l'univers, nous vous proposons cette animation résumant en images les conférences, ateliers, stands, rencontres qui ont rythmé cet èvènement.


Les rencontres de babyloan 2010

 

Comme toujours, vos impressions sont les bienvenues.

27 octobre 2010

Un samedi riche en rencontres

Une journée de samedi 16 octobre 2010 sous le signe de la bonne humeur : entre éclaircies et averses, entre enfants et parents, étudiants et professionnels du social business, du web solidaire et de la finance, tous les éléments étaient réunis pour réussir cette journée.

Les enfants, grands acteurs des rencontres de Babyloan

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Les enfants étaient présents en grand nombre et ont également participé à l'évènement : que ce soit pour introduire les conférences, répondre aux quizz, poser des questions, etc. Les Rencontres de Babyloan ont voulu s'adresser à tous et séduire aussi bien les enfants que les parents.

Conférences et ateliers

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Entre conférences et ateliers, la journée a été bien remplie. 3 conférences et 3 ateliers se sont succédés pour couvrir de nombreux domaines comme le web solidaire, le social business, les monnaies complémentaires ou encore la microfinance. De nombreux invités de talent ont animés toutes ces manifestations. N'hésitez pas à vous promener sur ce blog pour en lire les comptes-rendus.

 

 

 

 

Des stands solidaires et Social Business

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Au-delà des ateliers et conférences, des stands se tenaient dans la verrière pour accueillir et échanger avec les visiteurs. Parmi les personnes présentes, nous comptions différents univers avec une partie Social Business avec notamment Danone Communities, une partie Microfinance avec la BRED, BNP, ACTED, une partie Monnaies complémentaires avec le collectif Les VAleurs, et une partie Web Solidaire avec Reporters d'Espoirs, le Film 8, et Solidaires du Monde.

 

Networking

Caro et Thom en Sicile septembre 2010 023.jpgLe networking était fortement encouragé. C'est même le cœur de cet évènement qui s'intitule volontairement : Les RENCONTRES de Babyloan. Que ce soit autour d'un café ou sur un stand, les discussions ont prolongé le débat autour des thématiques qui ont rythmé ces 3 jours.

 

Bilan donc de cette deuxième journée de Babyloan :  le public était au rendez-vous, les acteurs de la solidarité du Social Business, des monnaies complémentaires, de la microfinance, aussi.  Les rencontres et les échanges ont été très riches. Vivement l'année prochaine :-)

Quel sera notre monde en 2040 ?

Les Rencontres de Babyloan 2010 se sont ouvertes autour d'une conférence intitulée  « Quel sera notre monde en 2040 ? ». Exercice prospectif difficile dans une époque incertaine sur son modèle et en difficulté pour prendre des décisions au delà d'un cycle électoral. Mais l'exercice a été intéressant avec un public d'étudiants concernés et motivés.

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Le public de la conférence. Crédit Photo Romain Desjours

 

Pour traiter le sujet : un ingénieur agronome, Marc Dufumier, un astrophysicien, Jacques Blamont, un économiste, Jean-Marc Daniel et un consultant en communication interpersonnelle et écrivain, Laurent Gounelle. Le tout animé par Martial You, journaliste chez Europe 1.


Le monde en 2040 selon les 4 premiers résultats Google

Avant de rendre compte de ce que nous avons retenu de la conférence, nous vous proposeons d'interroger Google sur la question.

L'économie, la crise énergétique, le vieillissement de la population, la foi, voila quelques uns des thèmes abordés lors de cette conférence qui réunissait un panel de chercheurs et une audience universitaire.

Petit compte rendu de ce cours multidisciplinaire.


Introduction de la conférence

2040 semble une échéance bien éloignée de nos consciences politiques quand on sait que l'horizon de la réforme des retraites proposée cette année est... 2020.

Selon les internautes interrogés inscrits à la conférence, à la question de la plus forte menace au XXIème siècle, ils ont répondu :

  • 71% : un monde sans pétrole et sans ressources naturelles, la surpopulation et le pillage de la planète
  • 18% : les conflits armés
  • 11% : l'expansion d'épidémies
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Une discussion passionnante, entre Jacques Blamont, Martial You, Laurent Gounelle,
Jean-Marc Daniel, Marc Dufumier.
Crédit Photo Romain Desjours


Sur la question du changement climatique

Jacques Blamont n'aime « ni le mot peur, ni le mot crainte ». Il y a des chiffres, il faut regarder les choses en face sans émotion. Il a tenu à nuancer certains propos en rappelant la question de l'échelle. Le réchauffement climatique est de 1/100ème de degrés centigrade par an. Ce n'est pas pour autant négligeable. Mais cette très faible variation échappe à la perception du public. Il n'y aurait donc pas d'impact sur les modifications climatiques perceptibles par les humains.

Toutefois, J. Blamont rappelle que la date des vendanges a été déplacée vers l'été de plusieurs semaines depuis les années 1950. Il y a donc des incidences sur les terroirs et les cultures.

Sur la question climatique, M. Dufumier rappelle que nous assistons à une modification de la géographie de l'agriculture au niveau mondial. Dans le même temps, les rendements céréaliers  stagnent et diminuent légèrement en France depuis 10 ans, malgré tout l'arsenal industriel déployé.

Selon l'INRA, cette baisse de rendement est due au réchauffement climatique.


Solutions agricoles

M. Dufumier rappelle également que l'agriculture est en mesure de diminuer ses productions de CO2 et de Méthane, et donc de réduire son empreinte sur les causes du réchauffement.

Non seulement l'agriculture peut diminuer les émissions entrainées par les activités agricoles, mais il est également possible de refixer une partie du CO2 émis, dans le sol.

A la question « Accompagne-t-on ces changements au niveau politique ? », Mr Dufumier répond par la négative. Gouverner n'est plus synonyme d'anticiper. Pas des changements d'une telle envergure en tout cas.

Autre point soulevé, la reconversion énergétique de l'agriculture devrait passer par une meilleure utilisation de l'énergie solaire. Il y a actuellement une « sous utilisation des rayons du soleil au niveau mondial ». En effet, nos protéines alimentaires (végétales mais qui sont à la source de la protéine animale) viennent essentiellement de l'énergie solaire et de l'azote, synthétisés par les plantes. Deux ressources renouvelables et disponibles, contrairement au pétrole.

Par contre, M. Dufumier rappelle que l'eau est mal gérée collectivement. Et que cela représente l'un des principaux défis du XXIe siècle.

En même temps, la désertification pousse certains pays à aller louer des terres dans d'autres pays, privant ceux-ci d'une mise à disposition de leurs ressources pour les populations locales.

Au cours de son intervention, Jean-Marc  Daniel (photo ci-contre) a commencé par rappeler que l'épuisement des ressources naturelles a toujours été une menace. A l'époque de Malthus, régnait la même crainte avec 600 millions d'habitantsP1020472.JPG.

Si l'économiste a toujours eu peur de l'avenir. L'optimisme nous pousse à croire que l'homme résout toujours ses problèmes. En effet, la rareté provoque une hausse des prix. Cette hausse des prix entraine la création de solutions mais aussi des phénomènes de rentes. Mais qui aura la rente en 2040 ? Les pays pétroliers ? La Bolivie et ses mines de Lithium ?

A propos de la spéculation, J. M. Daniel a rappelé que celle-ci se fait sans rareté aujourd'hui. Elle est donc instrumentalisée pour faire du profit. Et dans la mesure où les bulles spéculatives sont créées par un excès de monnaies dans le système, la solution que nous avons trouvé pour calmer la crise du système nourrie la cause de la prochaine crise.

J.M. Daniel a rappelé que les masses démographiques changeraient d'ici 2040 : l'Inde sera la première puissance démographique. L'Afrique devrait compter 1,5 milliards d'habitants. En parallèle, une diminution de la population de certains pays européens est projetée.


Vers une crise alimentaire ?

M. Dufumier rappelle que l'agriculture mondiale produit suffisamment pour nourrir 1.5 fois la population mondiale (330 kg de céréales sont produites par an et par habitant alors que 220 kg seraient suffisants). Hors, 1 milliard d'êtres humains souffrent de la faim (ils n'accèdent pas au minimum calorique vital de 1 200 calories/jour) et 3,5 Mds de personnes souffrent de malnutrition.

Il n'y a donc pas de problème de production mais un problème de distribution et de répartition des richesses.
L'économie actuelle concentre les aliments dans les pays riches et s'avère incapable d'assurer un minimum vital aux agriculteurs des pays du sud (80 % des personnes qui souffrent de la faim sont des agriculteurs).

2e question du sondage, les solutions envisagées pour lutter contre la malnutrition sont multiples :

  • 29 % des sondés insistent sur le nécessaire changement des habitudes
  • 33 % pour des accords politiques Nord/Sud
  • 39 % pour le développement de technologies.
  • A noter que seulement  2 % voient une solution dans la collecte et le don.


Vers une réforme des régimes alimentaires ?

P1020469.JPGLe déséquilibre de la distribution se double d'un déséquilibre du régime alimentaire. Les pays riches consomment beaucoup de viande, de poissons et de produits laitiers, les pays en voie de développement consomment essentiellement de céréales et de légumineuses.

Mais plus la Chine, le Brésil ou l'Indonésie se développent, plus ils tendent à consommer des protéines animales, plus intensives en énergie, en eau et en céréales (1 kilo de viande de bœuf ou d'agneau nécessite 10 kilo de céréales).

Sur ce point J. Blamont rappelait que si en 2050, les Chinois consomment la moitié de ce que consomment les Français aujourd'hui, il faudra l'équivalent d'une production pour 21 Mds d'habitants à nourrir (au niveau de production actuel).

M. Dufumier, rappelle le problème de la baisse de la disponibilité des terres. Celle-ci étant de plus en plus utilisée pour produire des carburants. En effet, compte tenu de la nécessité de trouver des alternatives au pétrole, des milliers d'hectares de terre ne servent plus à nourrir les hommes, mais leurs voitures ! Par exemple, ¼ de la surface plantée de maïs sert à produire des agro carburants aux Etats Unis.

Selon M. Dufumier, l'acceptation des déplacements de population est une des solutions pour résoudre cette baisse de la disponibilité alimentaire. Les populations du sud devraient pouvoir migrer plus facilement vers les pays offrant une production alimentaire suffisante et des terres plus riches en limons. Dans tous les cas la menace d'émeutes de la fin n'est pas à négliger.


L'exode rural forcé par la pénurie de ressources des agriculteurs du sud

La pénurie alimentaire et la difficulté à survivre pousse des millions d'habitants des campagnes vers les villes. Sur ce point, M. Dufumier a rappelé que les solutions agricoles porteuses d'avenir devraient permettre aux petits agriculteurs du sud de rester dans les campagnes et de vivre de leur production. Ce qui est de moins en moins possible. L'urbanisation est d'ailleurs le fruit d'une décision politique. Si les petits agriculteurs produisent assez et gagnent de l'argent, ils vont rester.

J. Blamont a rappelé qu'actuellement, 1,9 milliard de gens survivent dans des bidonvilles dans le monde. Ce nombre est estimé à 3,5 Mds en 2020. Malgré cela l'accès à la connaissance par le web, la télé y sera possible avec le risque évidemment du «pourquoi pas moi ? ». D'où un véritable danger pour le maintien de l'ordre public. J. M. Daniel rappelle d'ailleurs le texte de Jean Fourastié, Le Jardin du voisin (1981), qui insiste sur le phénomène de comparaison humain qui entraine jalousie et insatisfaction.


Pour un retour à l'Homme

Laurent Gounelle voit une solution dans l'Homme plus que dans la science. C'est à lui de changer. Le mode de consommation européen n'est pas le bon. On s'oublie soi-même à travers des micro-satisfactions (télévision, internet...). Prendre conscience de soi peut tout changer.

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Mais que faire lorsque 1 humain sur 4 est sous le seuil de pauvreté ? Pour près de 70 % des sondés la solution passe par mettre plus d'humain dans les relations. Pour 20 % c'est le local qui peut apporter une solution. Selon J-M. Daniel, rajouter de l'humain n'a pas de sens puisque l'homme est avant tout économie. Il recherche d'abord ses intérêts. Les solutions alors proposées sont le respect de la liberté, la force de la créativité et la recherche du profit. Une attitude que condamne L. Goumelle car synonyme d'individualisme. Si cette attitude a pu avoir du bon, il y a des excès notamment dans le monde du travail. Pour 51 % des sondés l'une des solutions est la valorisation du partage et la coopération.

Pour J. Blamont l'une des solutions est un retour vers la foi ou en tout cas un retour du spirituel comme guide parce que la gouvernance politique semble en retrait. ET J. Blamont de rappeler les propos de Bush Père : « le niveau de vie des USA n'est pas négociable ».

Une perception à laquelle n'adhère pas M. Dufumier qui croit en l'homme, en la solidarité. Pour lui, la condamnation de la science en tant que telle est illogique. La science peut aider à mieux comprendre. C'est la lutte contre les scientocrates qu'il faut entreprendre.