25 novembre 2009
Conférence sur le cinéma engagé
La conférence « le cinéma peut-il sauver la planète » rassemblait Marc Obéron - Producteur du film Huit, Jean-Paul Jaud - Réalisateur de Nos enfants nous accuseront, Patrick Viveret -Sociologue et Philosophe et Christian de Boisredon - Co fondateur de Reporters d'Espoirs.
En matière de sensibilisation du grand public, le cinéma apparaît comme un vecteur clé. De récents exemples, comme les films de Yann Arthus Bertrand, l'illustrent de façon pertinente. Néanmoins, la grande question de l'engagement par la voie artistique, en particulier le cinéma, présentée dans ce débat donne lieu à des avis nuancés.
Le septième Art, pleinement inscrit dans le divertissement de masse fait figure à part dans les différentes catégories artistiques, notamment en matière de sensibilisation écologique et sociale. Il faut dire que, corrélé à la puissance d'Internet et à ses effets de buzz, le cinéma a trouvé le moyen de décupler sa force de frappe en matière de sensibilisation du grand public. Qui plus est, une société grande consommatrice d'images constitue un facteur propice à l'essor de cette voie de communication artistique.
Reste à creuser la question de l'engagement.
Pour Christian de Boisredon, le cinéma engagé ne produit pas d'effets mesurables, quantifiables, mais n'est pas sans produire d'effets pour autant. Au-delà d'une force de sensibilisation, le cinéma, par sa puissance de démonstration et son effet cathartique, a la capacité de produire des changements concrets et de révéler des vocations. Des exemples sont à l'appui, notamment les films The Day After (1983) et (1982). Pour le premier, Reagan a indiqué dans ses Mémoires que c'est après avoir visionné ce film qu'il a décidé de mettre en place un bouclier antinucléaire. Pour le second, Gandhi (1982), Christian de Boisredon indique que l'un des fondateurs de la Grameen Foundation s'est investi dans cette organisation de lève de fonds pour le microcrédit après avoir vu le film sur le grand théoricien pacifiste.
Patrick Viveret poursuit le débat en ouvrant une nouvelle perspective de réflexion. Pour lui, Le cinéma ne peut « aider à changer le monde et à tenir les promesses que s'il aide les gens à comprendre les causes réelles de ce qui se passe ». Or pour lui, le cinéma peut poser problème dans la mesure où il peut -malgré lui- contribuer à taire une partie de la réalité, laissant ainsi les spectateurs en prise à une émotion forte, mais sans appui. Il résume ainsi « si le cinéma veut sauver l'humanité de sa propre inhumanité, il faut travailler sur les causes et pas seulement sur une émotion légitime mais impuissante ». Autrement dit, la puissance cathartique du cinéma étant acquise, il reste à mettre en lumière les zones d'ombre qui subsistent autour des logiques de domination et de maltraitance, de mal de vivre et de « transfert consolateur » que sont respectivement les marchés de l'armement, de la drogue et de la publicité. Plus exactement ; il incombe au cinéma engagé (entre autres) de faire le lien entre ces marchés colossaux (1 600 milliards de dollars au total) et les mécanismes de blocage empêchant d'éradiquer la faim, de permettre l'accès à l'eau potable et aux soins de base. Patrick Viveret indique qu'« il aurait suffi de 40 milliards de dollars supplémentaires pour réaliser des objectifs plus ambitieux que ceux du millénaire, qui se contente de vouloir réduire la pauvreté de moitié en 2015, alors que le programme des Nations unies pour le développement montrait qu'il était possible de l'éradiquer dès 1998. »
Sur la forme, le cinéma engagé oscille entre le choix d'une dimension esthétique très forte, comme le film extrait de Huit sur le dérèglement climatique et qui fait usage du Landart*, ou d'une mise en scène plus hollywoodienne, avec l'utilisation de codes visuels spécifiques : effets spéciaux, images chocs,... Cette dernière est le signe d'un parti-pris destiné à toucher un public plus large, mixte habile de divertissement (forme) et de message de fond. Marc Obéron souligne ainsi cet enjeu majeur du cinéma engagé : « tout film est bon pour tout public, le plus dur c'est d'avoir accès à lui ».
Pour lui toujours, parmi les modes de présentation d'œuvres cinématographiques, les festivals constituent une approche tout à fait intéressante. Ils offrent une scène de débat permettant d'ouvrir le dialogue à l'issue d'une émotion collective, et prolongent ainsi les messages d'interpellation portés par la voix du septième Art. Cette dernière idée s'est d'ailleurs vérifiée à l'issue de la conférence, puisque nombreux étaient ceux du public à vouloir réagir au film Huit, diffusé en introduction, ainsi qu'aux interventions des conférenciers...
* désigne l'ensemble des courants artistiques qui utilisent la nature comme lieu de travail et d'exposition

Présentation du film 8 par Marc Oberon
Christian de Boisredon sur l'impact du cinéma engagé
Patrick Viveret sur l'impact du cinéma engagé
Jean-Paul Jaud à propos du rôle du cinéma
A propos du public du cinéma engagé
Sur l'utilité des images chocs
Christian de Boisredon: un projet de film sur M. Yunus
Patrick Viveret critique deux courts métrages du film 8

Publié dans Le cinéma peut-il sauver la planète ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma engagé, social business, sida, développement durable




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