16 novembre 2010
Trois questions à Benoît Thieulin sur internet, media et solidarité
Intervenant de la conférence « Quand le web devient solidaire et le citoyen 2.0 » en octobre dernier, Benoît Thieulin s’est prêté à quelques questions pendant les Rencontres de Babyloan.
Benoit est fondateur de La Netscouade, une agence internet qui a notamment travaillé avec l’ONG Médecins Sans Frontière, la Fondation Nicolas Hulot, Unicef, le site de mobilisation en ligne Avaaz ou encore Mediapart.
Nous avons profité des propos de Benoit pour vous proposer quelques réflexions sur internet, les médias et les acteurs de la solidarité. N’hésitez pas à nous faire part des commentaires et réflexions que cela vous inspire.

Internet : un espace de rencontres et un outil d’expression des communautés
A propos des origines d’internet, Benoît nous a rappelé que :
« le premier projet d’Internet a été de réunir les gens en leur donnant les moyens de pouvoir échanger, de pouvoir collaborer, et in fine de créer du lien social et des communautés ».
L’esprit d’internet est animé d’une vocation de créer du lien social entre individus et de faciliter la participation, l’organisation des groupes et des communautés.
Ci-contre : Benoit Thieulin aux Rencontres de Babyloan, photo : Romain Desjours, Creative Commons.
Après une quinzaine d’années d’histoire d’Internet, nous ne pouvons que constater la diversité et la pluralité des outils et des espaces d’expression proposées aux communautés d’internautes.
Le mot même de « communauté » a évolué, puisqu’aujourd’hui, des groupes se forment autour d’un billet de blog, dans une conversation de forum, autour d’une vidéo youtube, d’une page fan facebook ou d’une pratique de photographie numérique sur flick’r.
Ces communautés existent quelques jours ou plusieurs années. Le lien social peut se souder et se dissoudre aussi vite mais il peut aussi être se prolonger, se renforcer, s’enrichir par les échanges permis en ligne.
Nous pouvons tisser des liens avec des personnes que nous n’avons pas encore rencontrées, sur la base d’un partage de centre d’intérêt, d’un questionnement, d’une argumentation, de l’expression d’une préoccupation ou même d’une intention.
La distance géographique est annulée par la vitesse des échanges et ce sont les frontières linguistiques, celles de l’accès technique et celles des compétences informatiques qui deviennent décisives.
Les fonctionnalités de communications (mail, messagerie instantanée, microblogging, blogs, commentaires, forums) ont démultipliés la quantité d’échanges et permis l’avènement de nouvelles formes d’écritures et de lectures.
Tous ces échanges qui animent internet sont souvent permis par l'échange de dons. Sur les forums, dans les commentaires de blogs, la reconnaissance et le partage sont au premier rang des motivations des participants.
Les valeurs défendues par les acteurs de la solidarité sont en résonnance avec l’esprit d’Internet. Ils trouvent donc très logiquement leur place dans les communautés d’internautes.
Internet et le travail des acteurs de la solidarité
Selon Benoît Thieulin, les acteurs de la solidarité doivent utiliser internet pour s’exercer à devenir des médias : « D’une certaine manière aujourd’hui, n’importe quelle association doit utiliser internet pour créer son propre média ».
Internet révolutionne les médias en permettant à chacun d’écrire, d’éditer, de publier et de commenter une information. Cela entraine une nouvelle configuration des rôles entre médias et organisations productrices d’informations : entreprises, collectivités, associations, organisations de la société civile.
Les grands médias n’ont plus le monopole de la diffusion. Ils ont perdu ce monopole au profit des grands infomédiaires que sont les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, qui captent la manne publicitaire. Mais les médias ont également perdu ce monopole car les organisations politiques, économiques, sociales peuvent informer, sensibiliser et mobiliser directement les publics, sans nécessairement passer par les filtres de la presse écrite et de la TV.
Il n’est pas question de se passer des médias pour informer, mais il faut repenser la relation entre émetteurs d’informations, intermédiaires et publics. La fonction du public dans la production d’informations est notamment à l’ordre du jour.
Autre élément de cette révolution : la place limitée dans un quotidien, un magazine ou une émission de télévision, ont cédé la place à une place illimitée sur internet. Toutes les associations peuvent disposer d’un site web. C'est le travail de filtrage, de tris et d'authenticité de l'information qui deviennent décisifs.
Cela suppose que les organisations se pensent comme des médias, et se dotent des compétences des médias : activité de veille, réseaux de sources, activités de sélection, d’écriture et de diffusion d’information.
Selon Benoit, le web permet et crée une demande pour plus de traçabilité et de transparence des actions positives et négatives des organisations.
Si nous voyions ce que nous ne sommes pas habitués à voir en terme de production de ce que nous consommons (par exemple la production d’un morceau de viande, exemple cité par Nathan Stern lors de la conférence), cela nous ferait sans doute réfléchir sur nos consommations. L’accès à l’information et la visibilité sur les processus de fabrication peuvent permettre au citoyen-consommateur de s’interroger sur ses habitudes et de modifier son comportement.
Surtout, pour les acteurs de la solidarité, Internet donne l’opportunité de montrer les effets positifs des actions menées.
« Je donne 1 € à tel projet, si on est capable de me prouver et de me montrer l’effet exact et précis de l’euro que j’ai donné, il est évident que cela va m’inciter à donner d’avantage, et que cela va modifier mon rapport à mon don » rappelle Benoit.
Cette transparence apparait de plus en plus comme une condition de la récurrence du don et modifie le rapport aux bénéficiaires, en renforçant le lien entre bénéficiaire et donateur.
Selon Benoit, « nous sommes au tout début de la révolution de ces comportements et des rapports qui sont nait de tous ces mécanismes de solidarité ».
Quelle relation entre la solidarité et le logiciel libre ?
Benoit Thieulin : « Le logiciel libre est l’incarnation la plus concrète et pratique de ce que le web permet d’organiser. Le phénomène du logiciel libre, c’est des ingénieurs, capables grâce à internet, de pouvoir se connecter et du coup, de monter un projet bénévole qui, in fine, va être capable de concurrencer les plus grandes industries informatiques. »
Dans le monde, ce sont « 10 000 ingénieurs qui s’organisent pour travailler sur l’écriture de lignes de codes informatiques et élaborent, améliorent et partagent leur travail sur des versions de logiciels. »
Pour quel résultat ? Des systèmes d’exploitation stables et sécurisés, un navigateur comme Firefox, une suite bureautique comme Open Office, un logiciel de retouche photo comme Gimp. Tout cela fabriqué sans modèle économique, pour la beauté du geste et en concurrence avec la logique propriétaire imposée par les grands de l’industrie informatique.
Il faut tout de même rappeler un avantage de l’écriture informatique. En codant les développeurs parlent la même langue : le code est lu et compris par des personnes de différentes nationalités, ce qui facilite le partage et l’existence d’une vaste communauté internationale, mais qui partage le même langage. D’autres projets se heurtent plus facilement aux barrières linguistiques et aux frontières culturelles.
Le logiciel libre se caractérise par l’ouverture de ses données, ce qui me permet aux communautés de développeurs de l’enrichir continuellement et de façon tout à fait ouverte et autonome. Cette co-construction tisse des liens de solidarité. Comment les organisations pourraient-elles répliquer ce modèle pour donner du grain à moudre à leur public ?
Il y a vingt ans, personne n’aurait parié ou investi sur un wikipedia, mais bien plutôt sur l’encyclopédie propriétaire Encarta de Microsoft.
Aujourd’hui, Wikipedia existe grâce à la mise en application des principes du logiciel libre. Et comme le rappelle Benoit, Wikipedia est aujourd’hui la plus grande encyclopédie jamais réalisée, en croissance continue, dans une multiplicité de langues, avec un taux d’erreur plus faible que les autres encyclopédies.
« Internet est capable de donner aux gens des moyens pour pouvoir bénévolement produire des choses incroyables. »
A propos des affinités de La Netscouade avec les acteurs de la solidarité
« Ce qui est le plus intéressant avec internet, c’est sa capacité à outiller les mouvements associatifs. »
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Internet, media et solidarité, selon Benoît Thieulin
Benoît Thieulin est le fondateur de la Netscouade. Selon lui, Internet permet aux acteurs de la solidarité (ONG, notamment) de parler directement à leur audience, sans toujours en passer par la médiation journalistique:
"Selon , Benoît Thieulin les ...
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